Benjamin Orcajada : Ecrits

La peinture s'inventa avec l'écriture. On trace des signes sur un support parce qu'on veut dire quelque chose. Et pourtant dire n'est pas voir!
Certes, mais complicité du dire et du voir. Même volonté expressive. Mon intention est, comme celle de tous les peintres, de "faire voir" mais aussi de trouver les mots pour mieux assurer la vision. Toute la littérature autour de la peinture s'efforce d'atteindre un mieux voir. Il arrive quelquefois que le voir et le dire, miraculeusement, se fondent l'un dans l'autre. De telles révélations sont de la poésie. 

Eclats

A travers les convulsions de l'histoire et les déchirures des destins personnels, le monde s'offre à nous et se révèle dans tous ses éclats, véritable parousie de l'être. Le riche clavier des sensations est aussi puissant que la palette du peintre pour exprimer l'ineffable, le mystère au cœur du quotidien, de la vie simple, des rencontres. Eclats du verbe, pour dire l'éblouissement d'être enfant de ce monde de chair qui est à lire avec tous nos sens...

Prodiges

Prodiges est un éloge de l'âme et du monde et célèbre un monde qui s'offre en ses couleurs natives. La parole en éclats exalte ses mystères et ses prodiges : l'amour de la terre profonde, la vie des êtres. Tout est rythme, traces, sillages, envols, depuis les forces telluriques jusqu'aux voiles célestes des nues. Partout, la vie exulte dans la chair du monde et dans son silence ébloui.

Voir et Savoir. De la peinture à la Philosophie.

Quel monde la peinture fait-elle voir? Comment comprendre la dialectique intime du voir et du savoir? Quel fil peut conduire de l'introuvable beauté au jugement esthétique ? De quel ordre est vraiment le mystère de l'œuvre?

Contrairement aux savantes herméneutiques qui risquent de nous conduire finalement à cesser de voir pour expliquer sans comprendre, l'analyse phénoménologique à laquelle nous sommes conviés nous révèle que "le peintre est seul à avoir droit de regard sur toutes choses sans aucun devoir d'appréciation". Mais ne nous confronte-t-elle pas finalement à un nouveau mystère? Et si notre saisie de la peinture participait d'un rapport constitutif de la vie elle-même ?

La Gloire du Paon

L'exhibition ostensible du paon est le symbole de l'oeuvre d'art, de son caractère phénoménal. Elle inaugure une interrogation sur le mode privilégié de manifestation de l'oeuvre en peinture: fête du visible, monstration d'un être dans sa splendeur, éclat d'une présence d'autant plus énigmatique qu'elle rend visible un invisible. L'analyse est à la fois phénoménologique et ontologique. Pour voir les choses telles qu'elles sont en vérité, notre regard esthétique doit-il être purement physique, métaphysique ou mystique? Par l'examen minutieux de la choséité, de l'image, des émotions suscitées, de l'espace et le temps propres au tableau, nous sommes conviés à mesurer son absoluité.

Quelques textes choisis